Par moments, le ciel devient tout bleu. Ce premier matin de l’an 2007, le soleil est radieux. Je veux sentir l'ambiance de la nouvelle année dans les rues de Paris, mais je suis clouée devant les clichés que je découvre sur mon ordinateur. Depuis trois semaines déjà, je m'amuse comme une gamine. Ce prélude parisien à mon périple vers l'Asie et l'Australie me permet de me « déposer » et de créer à ma guise. Jour et nuit.

Hier encore, je me suis promenée tranquillement dans les rues du Marais et de l’Île Saint-Louis en portant un regard fureteur sur les vieux murs. Je suis revenue avec une centaine de prises de vue. Gros plan sur un jeu fascinant de lumières, de textures et de couleurs. Des peintures abstraites saisissantes.

L’idée m’est venue dans mon petit appartement, dès le lendemain de mon arrivée. Comme une chatte, je flairais ma nouvelle demeure à la clarté du jour et, appuyée sur le rebord de la fenêtre, café à la main, je savourais enfin le silence du matin. J'avais réussi à partir et je réalisais que je disposais d'un mois de pleine liberté dans ma ville préférée, avant de poursuivre mon voyage. J'appréciais tranquillement le début de ma grande aventure quand mon attention s’est portée sur un pan de mur de l’immeuble, crépi, laiteux et lézardé. En jouant avec l’ombre et la lumière, j’ai ainsi créé ma première série de photos. Cette escapade dans l’imaginaire est rapidement devenue le jeu de mes promenades en solitaire.

Lors de mes échappées, dans les rues parisiennes, avec ma caméra complice, je repère des textures, des lignes ou des formes qui m'inspirent. Captivée par la richesse de la matière, je compose mes tableaux à ciel ouvert. À l’occasion, je m’amuse à sentir derrière moi des passants m’observer en se demandant ce que je peux bien fabriquer à dix centimètres d'un mur tout écaillé situé entre deux tuyaux et une bouche d'aération ! Je souris dans ma tête. Tant que je n’entendrai pas le « pin pon » légendaire de Paris et que je ne verrai pas deux hommes en blouses blanches accourir vers moi pour m’interner, je continuerai à longer les murs parisiens de façon plutôt singulière pour fouiller leurs histoires. Qu'ils soient ricaneurs ou révoltés, le visage sillonné de rides, balafré, lumineux ou maquillé, les murs témoignent du temps qui passe.

Je reviens ensuite à l’appartement, toujours curieuse de revisiter mes captures à l’écran. Et c'est avec mon regard d'artiste peintre que je m'imprègne de ce qu'elles dégagent et que je rehausse les compositions originales de touches lumineuses et contrastantes. Je valorise ainsi leur sobriété, tout en conservant leur cachet authentique. Et lorsque l'une d'entre elles m'inspire, je lui choisis un titre, comme un prénom à un nouveau-né. Murmures révèle l'envers de la façade, ce qui échappe parfois à l'oeil ou encore se cache derrière un silence.


C’est ainsi que je poursuis ma recherche, libre comme l’air. Les soirées, jusqu’aux petites heures du matin, deviennent magiques. J'adore ça. Je vis dans ma bulle. Est-ce pour ces moments sublimes que j'aime autant ma solitude ?
C.L.
 
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