10 décembre 2006. C’est le matin du grand départ. La réalisation d’un rêve longtemps caressé. Quelle organisation ! Quarante ans à rêver de ce long voyage, trois ans à le planifier de façon soutenue, neuf mois de congé sabbatique, dont cinq pour voyager et quatre pour savourer, décanter, assimiler puis me remettre en route. Le temps qu’il faut pour accoucher.

Mais d’abord tout quitter, partir loin. Très loin. Laisser derrière soi la routine, les obligations et les soucis quotidiens. Mais aussi un monde familier, les proches et le confort. Partir seule à l’aventure, sans tout connaître à l’avance. Préserver son rêve, prendre soin de ses peurs, calmer sa petite voix intérieure qui se débat parfois comme une démone. Combien de nuits affolantes me suis-je réveillée en me demandant pourquoi je voulais quitter un lit douillet, un appartement si joli et un quartier tout autant apprécié. Combien de nuits vertigineuses ai-je passé à faire le tour du monde, incapable de me poser quelque part. Combien de fois me suis-je éloignée de la contagion de propos défaitistes et angoissés, ou encore des commentaires admiratifs qui me propulsaient parfois directement dans mes doutes. Combien de fois ai-je bercé ma petite démone en pleine nuit avec des solutions apaisantes. Déjà un voyage en soi avant même de partir !
 
 
 
 
c’est m’éveiller quand la vie s’ébranle : l’odeur du pain à Paris, le chant du coq bangkokien, le martèlement de la pluie singapourienne sur ma fenêtre, le murmure de Delhi, la chèvre mécontente de la pluie froide qui s’abat sur le Népal, le vent qui se déchaîne sur Bali, la caresse de la brise australienne qui me tire de mon sommeil en me rappelant la sensation délicieuse de mes matins d’automne préférés.
 
c’est me retirer du monde et composer ma vie dans un perpétuel changement de décor. C'est rechercher une simplicité de vie et adopter un rythme de croisière qui me procure une solitude joyeuse. C'est sentir le temps s’écouler sans obligation ni échéance en savourant le bonheur de l’instant.
 
c'est me lancer dans une improvisation continue, le nez dans le vent, en me laissant distraire par ce qui m’intrigue ou m’enchante. À l’ombre d’un arbre, sur un banc public ou à la terrasse d’un bistro, c’est regarder défiler la vie, faire des rencontres, laisser mon esprit vagabonder librement, écrire ou dessiner.

De découvertes en renoncements, voyager, me permet de donner libre cours à ma quête d'une fureur de vivre au ralenti. Sans événements majuscules, je vais ainsi apprenant à me connaître ou à me reconnaître à travers ces expériences tonifiantes et inoubliables que me procure l’ailleurs.
   
 
 
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